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Allaitement maternel : Ses bénéfices sont-ils surestimés ?

Social Science and Medicine

mardi 4 mars 2014, par Pharmacie du Rouret.

Le titre de l’étude est provocateur : « Is Breast Truly Best ? ». Certes cette étude ne remet absolument pas en cause les recommandations d’allaitement maternel, au moins durant les 6 premiers mois de vie de l’Enfant, elle suggère seulement que ces bénéfices sont parfois surestimés. Les conclusions, publiées dans la revue Social Science and Medicine, qui sont basées sur une comparaison des résultats entre frères et sœurs sont à considérer dans un environnement déjà favorable à l’enfant, et dans un cadre familial similaire.


Car l’étude a suivi des enfants participant à la cohorte National Longitudinal Survey of Youth (NLSY) et a comparé les résultats de santé –dont entre frères et sœurs- de 8.237 enfants, dont,
· 7319 frères et sœurs nourris à l’identique dans leur petite enfance,
· et 1.773 frères et sœurs de 665 familles, « discordants » : Au moins un enfant de la famille avait été allaité et au moins un autre enfant avait été nourri au biberon.
Pour chacun des échantillons, les chercheurs ont recueilli les données sur le mode d’allaitement et en cas d’allaitement maternel, sur la durée de cet allaitement. Les chercheurs ont évalué 11 indicateurs de santé : l’indice de masse corporelle (IMC  ), l’obésité, l’asthme, l’hyperactivité, l’attachement parental, le comportement, la capacité de lecture, la capacité en mathématiques, l’intelligence, les scores de réussite scolaire et les compétences scolaires.
L’analyse suggère, dans un premier temps, que les enfants âgés de 4 à 14 ans qui ont bénéficié de l’allaitement maternel plutôt qu’artificiel, ont de meilleurs résultats sur 10 des 11 critères évalués. Mais…une fois que les chercheurs reprennent l’analyse sur le sous-groupe des frères et sœurs nourris différemment pendant l’enfance, et prennent en compte les facteurs de confusion possibles, toutes les estimations des bénéfices de l’allaitement maternel sur l’allaitement artificiel, toutes sauf une, diminuent de manière spectaculaire au point de ne plus être statistiquement significatives.
Des résultats qui suggèrent, commentent les chercheurs, que la plupart des effets bénéfiques à long terme généralement attribués à l’allaitement maternel, en tant que tel, pourrait être principalement liée à ces facteurs de confusion, essentiellement des caractéristiques sociodémographiques.
Seule la réduction du risque d’asthme semble demeurer un bénéfice incontournable lié à l’allaitement maternel.
Précisément, l’influence bénéfique de l’allaitement maternel sur l’IMC   passe de 66% (incidence du bénéfice) sur l’ensemble des familles à 29% lorsque l’analyse est reproduite sur les frères et sœurs au sein de mêmes familles. L’ampleur des effets bénéfiques de l’allaitement maternel sur l’aptitude en mathématiques, la capacité de lecture, le vocabulaire et l’intelligence passe de 69 à 29%.
De très nombreuses études ont pourtant démontré les avantages de l’allaitement au sein vs l’alimentation au biberon et ces nouveaux résultats méritent une explication ? L’auteur principal, Cynthia Colen, professeur adjoint de sociologie à l’Université d’État de l’Ohio en apporte une : « De nombreuses études souffrent d’un biais de sélection et méthodologique, elles ne prennent pas ou pas suffisamment en compte les facteurs de confusion tels que la race, l’âge et la situation professionnelle de la mère, le revenu du foyer, des facteurs qui affectent de manière majeure à la fois l’allaitement et les résultats de santé de l’Enfant ».
« Je ne dis pas que l’allaitement n’est pas bénéfique, en particulier pour renforcer l’équilibre nutritionnel et l’immunité du nouveau-né », ajoute l’auteur, mais, dans les pays riches, améliorer la santé maternelle et infantile consiste aussi à ouvrir des places de crèches subventionnées, à ouvrir les possibilités de congé maternité et d’emplois pour les jeunes mères à faible revenu. Si l’allaitement avait l’impact qu’on lui prête, nous en retrouverions les résultats à long terme, conclut l’auteur, qui appelle à se concentrer sur d’autres interventions qui lui paraissent bien plus prioritaires.
N.B. L’étude a été menée aux Etats-Unis, il est clair que ces résultats ne peuvent être interprétés à l’identique pour des pays en développement, où l’allaitement maternel peut être une condition nécessaire à la survie du nourrisson. Cependant, elle suggère que dans un environnement favorable et familial similaire, le bénéfice de l’allaitement maternel est marginal.
Source : Social Science and Medicine 29 January 2014 doi.org/10.1016/j.socscimed.2014.01.027 Is Breast Truly Best ? Estimating the Effects of Breastfeeding on Long-term Child Health and Wellbeing in the United States Using Sibling Comparisons

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