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Des médicaments inutiles et dangereux ?

dimanche 16 septembre 2012, par Rédaction santé réseau.

Celtipharm. invite les internautes, pharmaciens, médecins ou simples citoyens à réagir à la publication controversée du « Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » de Philippe Even et Bernard Debré.

Il fallait s’y attendre : la parution du « Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » de Philippe Even et Bernard Debré a eu l’honneur des médias. A commencer par le Nouvel Observateur qui en publie les bonnes feuilles dans son édition d’aujourd’hui.

Il faut dire que les auteurs, tous deux professeurs de renom connus pour leurs prises de position souvent assez polémiques, n’y vont pas avec le dos de la cuillère affirmant que sur les 4000 médicaments qu’ils ont passé au crible, la moitié serait inefficace. Pour les auteurs, 5% de ces molécules présenterait même un profil « potentiellement très dangereux ». Bigre... Incroyable paradoxe, la plupart de ces spécialités sont prises en charge par la Sécu. De 10 à 15 milliards d’euros seraient ainsi gaspillés chaque année sans aucune amélioration de la santé des patients.
« Ce livre, il aurait dû être écrit depuis au moins trente ans par les agences de l’Etat chargées d’informer les citoyens sur la valeur des médicaments, affirme Philippe Even dans un entretien accordé au site du Nouvel Obs. Il ne l’a pas été, c’est bien regrettable ». Un brûlot, cet ouvrage ? L’ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris s’en défend. « Tout ce qui est écrit [dans ce livre, ndlr] est référencé et résulte de notre expérience et de l’analyse de milliers de publications ».

 Spécialités à haut risque

Des bonnes feuilles publiées par le Nouvel Obs, on retient par ailleursune liste de 58 spécialités « à haut risque » que l’hebdomadaire invite à proscrire immédiatement. « Inefficaces ou inutiles, elles peuvent être aisément remplacées par d’autres, moins dangereuses et souvent moins chères ». Nombreuses sont les classes thérapeutiques concernées.

Politique de santé publique contre-productive, industrie pharmaceutique, de moins en moins inventive, élite médicale, parfois complice et silencieuse... Philippe Even n’est pas tendre avec les différents acteurs du circuit du médicament. Si on en est arrivé là c’est par « laxisme et incompétence, assène-t-il. Je crains que ça soit avant tout de l’incompétence, arrosée par la corruption nécessaire assurée par l’industrie pharmaceutique pour elle-même se procurer les 20% de bénéfices qu’elle s’accorde chaque année ». Pour lui, pas question d’y aller par quatre chemins pour régler le problème : « il suffit de retirer du marché tous les médicaments dangereux inutiles et ou inefficaces ».

 Argent jeté par les fenêtres

Exemple avec les statines mises sur le marché en agitant le spectre du risque associé à l’excès de cholestérol alors qu’il « ne joue aucun rôle dans aucune pathologie. Dès lors des médicaments qui abaissent le taux de cholestérol sont efficaces mais sont complètement inutiles parce que ça ne sert à rien d’abaisser le taux de cholestérol. On est devant un médicament qui coûte 2 milliards d’euros par an et qui ne sert à rien. C’est de l’argent jeté par les fenêtres ».

Invité à réagir dans les colonnes du Quotidien du médecin  , le Professeur Jean-François Bergmann, vice-président de la Commission d’AMM   de l’Agence nationale de Sécurité du médicament (ANSM  ) a vivement réagi aux assertions des deux auteurs. « On peut dire que c’est un livre qui est vraiment bâclé ! C’est un pamphlet qui a toutes les déviances du genre : excessif, approximatif, mêlant le vrai et le faux. C’est un peu du niveau de la presse people. (...) Quant à leur légitimité intrinsèque, je crois qu’ils n’ont ni l’un ni l’autre jamais participé à de vrais travaux d’évaluation scientifique et indépendante, comme le font les agences sur lesquelles ils tombent à bras raccourcis. Globalement, ce livre ne vole pas très haut, et ça m’attriste, on voit bien que les deux auteurs ne sont plus au cœur du débat. » Ambiance...

 Le débat est ouvert

Personne ne nie toutefois que la consommation de médicaments en France pose de graves problèmes en matière de sécurité et de coûts des soins. Des médicaments dangereux existent, des médicaments n’apportant pas grand bénéfice également. Sur Twitter, où nombre de professionnels de santé disposent d’un compte, des pharmaciens notamment, l’accueil réservé à la publication du guide des professeurs Even et Debré a été mitigé. Certains pointent « l’évidente » dangerosité des spécialités de la liste noire dressée par le Nouvel Obs, d’autres s’étonnent de l’absence de médicaments dont ils ont l’habitude d’observer les effets délétères ou encore soulignent l’incongruité de réclamer le retrait de certains produits. « En dehors des lecteurs de Prescrire, beaucoup de médecins et de patients vont être surpris, retient pour sa part ce twitto généraliste de son état. Une très bonne chose », estime-t-il.
Et si en effet la publication de cet ouvrage et l’écho médiatique qu’il a obtenu, présentaient au-delà des exagérations des uns et des autres, au moins l’intérêt de rouvrir le débat sur nos travers de consommation en matière de médicaments ?

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